Rencontre avec un ancien combattant de la Guerre d’Algérie

Rencontre avec ancien combattant Guerre dAlgérie Jeudi dernier, les élèves de la spécialité HGGSP de Mme Busson ont eu le privilège de rencontrer Renaud de Maricourt, un ancien combattant de la guerre d’Algérie. Une rencontre qui n’est pas anodine puisqu’elle s’inscrit dans le thème « Histoire et mémoires » du programme.

Renaud de Maricourt, 82 printemps, a connu un long hiver dans sa jeunesse : il a connu la guerre d’Algérie. Jeune étudiant de Sciences Po Paris, il est appelé dans le contingent des chasseurs alpins à partir de 1960 et ne sera démobilisé que deux ans plus tard à la signature des accords d’Evian. Pourtant opposé à la guerre et à la colonisation, même s’il reconnaît que cette dernière n’est pas toujours néfaste et qu’elle a aussi permis le développement de l’Algérie, il n’a d’autres choix que celui d’obtempérer et de suivre ses compagnons d’infortune dans la guerre quand bien même il ne tolère pas les exactions qu’ils ont pu commettre. Renaud de Maricourt a vu les meurtres, les viols, les pillages et les tortures barbares.

Cette rencontre, pour des jeunes de notre âge, est d’un intérêt capital. Elle rend concrète un programme d’histoire qui parle d’un temps que les moins de soixante ans ne peuvent pas connaître, elle nous permet, à nous élèves, de concevoir que l’histoire n’est pas que des noms sur des plaques commémoratives, qu’elle est aussi des hommes, des individus, des grands-pères qui ne parlent pas et vivent dans la honte. Renaud de Maricourt en est persuadé : ce silence autour de la guerre d’Algérie rend, hélas, difficile la prise de conscience générale que la guerre n’est pas si loin, ni dans le passé, ni dans le futur, que les gens n’ont pas retenu la leçon de cette guerre d’Algérie. Il nous est difficile de concevoir que la France puisse à nouveau basculer dans la guerre, nous qui n’avons pas même connu les attentats du World Trade Center, et pourtant, Renaud de Maricourt nous invite, si cela advient, à faire acte de désobéissance civile, à ne pas faire la guerre car on n’est pas sur terre pour tuer de pauvres gens comme le chantait Vian, à refuser l’horreur qu’il a subie, à devenir objecteur de conscience comme il aurait voulu si cela n’avait pas signifié un rejet de sa famille et notamment de son père, ancien de la Grande Guerre qui concevait le devoir militaire comme un acte patriotique. Pour Renaud de Maricourt, aimer sa patrie, c’était justement refuser cette guerre pour faire honneur aux valeurs du pays des droits de l’homme, car – il le souligne – la guerre est la pire régression pour la nature humaine et il n’y a pas de guerre légitime car même une guerre purement défensive n’existe pas, dans la mesure où un pays ne déclare pas la guerre à un autre sans raison aucune.

On ressort de cette rencontre avec une étrange émotion. Un homme, dont la main mal assurée tenait un micro vibrant, venait de nous dire qu’il avait tenu une arme qui l’avait fait se sentir surpuissant, qui lui avait donné dans les mois suivants la fin de la guerre, l’envie amère d’écraser le monde. Un vieil homme venait de nous parler de l’importance de la paix, lui qui avait connu le chaos. Il venait de témoigner pour la deuxième fois de sa vie après l’article qu’il avait consacré à Ouest-France en mars dernier, il ouvrait sa mémoire devant des élèves, une classe entière de jeunes adolescents, pour la première fois. Il venait de nous dire, chuchotant presque, qu’il ne parlait que maintenant parce qu’il n’avait pas compris avant l’intérêt de témoigner, parce que d’autres défendent encore les décisions militaires que certains ont prises, et surtout parce qu’il y a la honte. Renaud de Maricourt, après la guerre, est devenu professeur d’économie, et il a dû vivre avec ce poids, sans rien dire, surprenant ainsi jusqu’à ses propres enfants et ses collègues de travail les plus proches à la parution de l’article. Renaud de Maricourt s’en veut, il en veut à de Gaulle qui a pris de mauvaises décisions, à la France qui a abandonné les Harkis, ces Algériens avec lesquels Renaud de Maricourt avait pu discuter, qui avaient combattu aux côtés des Français et qui se sont faits décimer par le FLN, le Front de Libération Nationale, lorsque la France eut quitté les côtes algériennes.

Merci Monsieur De Maricourt. Nous n’oublierons pas.

Maëlys BERNIER & Antoine BRÉMAUD

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